La Crise américaine de Thomas Paine, une crise juridique
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Voici les premières lignes d'une contribution publiée dans un ouvrage de mon ami Franck Laffaille, Droit et politique en temps de crise, chez Mare et Martin, en 2022
En histoire des idées politiques, plusieurs routes s’offrent à l’analyste pour présenter les travaux et les grandes théories. La première repose sur une étude des œuvres pour en tirer des principes et des constructions philosophiques. Bien qu’il s’agisse d’une approche louable, elle implique pourtant un souci méthodologique initial, l’abandon du facteur humain et du contexte. Une seconde approche privilégie donc la mise en perspective d’une œuvre en insistant sur la relation entre cette dernière et le contexte historique et social de sa rédaction, d’une part, et sur son auteur et sa biographie, d’autre part.
Lorsqu’on parcourt la vie de Thomas Paine[1], la seconde approche se révèle bien plus pertinente.
De fait, cet auteur anglais est connu pour trois œuvres principales. La première, Common Sense, est publiée en 1776[2], alors qu’il se trouve aux États-Unis lors des premiers mois du conflit avec la Grande-Bretagne. La deuxième, Rights of Man[3], est éditée en 1791 et 1792 en réponse à l’ouvrage de Edmund Burke sur la révolution française[4] ; à cette date, Paine participe activement au mouvement qui se déroule à Paris. Quant à la troisième, the Age of Reason[5], sa publication commence en 1794 et se poursuivra jusqu’en 1807, date de la sortie du troisième et dernier tome. Cette fois, le contexte de Paine est tout à la fois français et américain puisqu’il retourne aux États-Unis en 1802.
Immédiatement, on ne peut s’empêcher de relever l’incroyable diversité qui caractérise l’œuvre et le parcours de son auteur. Voici un Anglais qui a participé à la guerre d’indépendance américaine et à la révolution française, avant de retourner aux États-Unis pour y vivre les débuts de l’ère Jeffersonienne.
Les trois œuvres correspondent d’ailleurs à trois perspectives totalement différentes. La première est une défense de l’indépendance des États-Unis. La deuxième propose une théorisation des droits de l’homme en invoquant le droit naturel et ses conséquences. La troisième est considérée comme une violente attaque contre les religions instituées.
Si on s’intéresse donc à l’œuvre de Paine dans son intégralité, on se heurte immédiatement à l’originalité du personnage.
Un élément toutefois semble bien le caractériser : il affiche une volonté assumée de participer aux grandes crises politiques pour en tirer des enseignements tout en agissant aux côtés des principaux acteurs.
À côté de ces trois œuvres principales, on néglige souvent les autres écrits, considérés comme mineurs. Dans cette catégorie, se trouve un ouvrage atypique, intitulé La Crise américaine, the American Crisis[6].
[1] Au titre des ouvrages, on peut citer Alfred Owen Aldridge, Man of Reason: The Life of Thomas Paine, Pickle Partners Publishing, 2018, 343 p.; Nathalie Caron, Thomas Paine contre l'imposture des prêtres, L'Harmattan, 1998, 543 p.; Gregory Claeys, Thomas Paine: Social and Political Thought, Routledge, 2020, 272 p.; Harvey J. Kaye, Thomas Paine and the Promise of America: A History & Biography, Farrar, Straus and Giroux, 2007, 336 p.; Jean Lessay, L'Américain de la Convention : Thomas Paine, Professeur de révolutions, député du Pas-de-Calais, Perrin, 1987, 262 p. ; Craig Nelson, Thomas Paine, Enlightenment, Revolution and the Birth of Modern Nations, Viking, 2006, 396 p. et pour les articles Nathalie Caron, "Le retour de Paine aux Etats-Unis : crise religieuse ou crise politique ?", Revue Française d'Études Américaines, Année 1995, 64, p. 269-278; William C. Kashatus III, "Thomas Paine: A Quaker Revolutionary", Friends Historical Association, Volume 73, Number 2, Fall 1984, p. 38-61; Louise Marcil-Lacoste, « Thomas Paine : un sens commun révolutionnaire », Études françaises, vol. 25, n°2-3, 1989, p. 55-85; Craig Nelson, "Thomas Paine and the Making of "Common Sense", New England Review (1990-), Vol. 27, No. 3 (2006), p. 228-250.
[2] Thomas Paine, Common Sense - Originally Published as a Series of Pamphlets, Arc Manor, 2008, 84 p.; Thomas Paine, Le sens commun, Septentrion, 1995, 182 p.; Thomas Paine, le Sens commun, traduction et présentation de Bernard Vincent, Aubier, édition bilingue1983, 220 p.
[3] Thomas Paine, Rights of Man, D. Jordan, 1791, 171 p.; Thomas Paine, Théorie et pratique des droits de l'homme, suivis du Sens-commun, R. Vatar, 1793, 242 p.
[4] Edmund Burke, Reflections on the Revolution in France, And on the Proceedings in Certain Societies in London Relative to that Event. In a Letter Intended to Have Been Sent to a Gentleman in Paris, J. Dodsley (London), 1790, 356 p.
[5] Thomas Paine, The Age of Reason. N.p., Broadview Press, 2011, 275 p.; Thomas Paine, Le siècle de la raison ou recherches sur la vraie théologie et sur la théologie fabuleuse, L'Harmattan, 2003, 254 p.
[6] Thomas Paine, The Crisis Papers, 1776-1783, Rowman & Littlefield, 1990, 184 p.; Thomas Paine, The American Crisis, R. Carlile, 1819, 196 p.
La suite dans Droit et politique en temps de crise...
vous pouvez aussi consulter le livre que j'ai consacré à Thomas Paine et La Crise américaine, Mare et Martin, en 2022 également
https://www.mareetmartin.com/livre/thomas-paine-et-la-crise-americaine