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Publié par arnaud.coutant.over-blog.com

Contribution à Anatole France, leçons de droit, sous la direction du Professeur N. Dissaux, Mare et Martin, 2016.

 

C’est en 1904 qu’est publié le livre intitulé l’Église et la République, signé Anatole France[1]. Cet ouvrage, que l’on peut qualifier de pamphlet, intervient au cœur du débat sur la place des institutions religieuses dans le régime français.

La date est importante pour France. À 60 ans, ce romancier, engagé en politique, intervenant fréquemment dans des questions de société, accentue encore ses prises de position[2]. Le 27 novembre, il préside une manifestation du parti socialiste français auprès de Jaurès. En décembre, il rejoint le comité central de la ligue des droits de l’homme, fondée en 1898. L’homme est parfois présenté comme un républicain convaincu, profondément marqué par l’affaire Dreyfus. La réalité est moins tranchée car son engagement politique oscille entre le républicanisme et le socialisme, à la recherche du meilleur système pour le peuple.

Mais la question principale, à cette date, pour Anatole France, c’est l’Église. Il faut immédiatement préciser que les rapports entre France et l’Église catholique se caractérisent par une tension permanente, tout au long de sa vie. Pour ne prendre qu’un exemple, par ailleurs très significatif, tandis qu’il reçoit le prix Nobel pour l’ensemble de son œuvre, en 1921, ses écrits sont officiellement condamnés par le Pape, en 1922[3].

En 1904, la question est beaucoup plus générale puisqu’elle concerne les relations entre l’Église catholique et la République française. Depuis plus de 30 ans, les débats se multiplient sans parvenir à une position définitive. Avec l’arrivée d’Émile Combes au pouvoir, en 1902, le ton change. France prend résolument le parti du nouveau gouvernement, dans les questions religieuses. Il préface même en 1904 l’ouvrage du président du conseil, intitulé Une Campagne laïque[4]. On peut d’ailleurs penser que c’est la rédaction de cette préface qui conduit France à approfondir le sujet. Il suffit de lire les propos rédigés alors pour constater qu’on les retrouve in extenso dans l’Église et la République, aux chapitres III, IV et V. De fait, l’ouvrage n’est pas seulement une réflexion théorique, globale, sur une question en lien avec l’actualité. C’est un véritable pamphlet politique.

Le style du romancier Anatole France est souvent ironique, mordant. Par le biais de ses  créations artistiques, il critique les institutions, dénonce les faux-semblants, ridiculise les fanatiques. Les exemples sont nombreux à commencer par l’île des pingouins qui illustre à merveille cette alliance entre réalité et imaginaire qui caractérise l’écriture de l’auteur[5]. La même verve est présente chez le pamphlétaire politique, la licence romanesque en moins. On retrouve des convictions politiques, des choix personnels, mais également une certaine noirceur, un pessimisme qui apparaît dans l’ensemble de l’œuvre de France. L’Église et la République s’inscrit dans cette logique.

Avec ce livre, France propose une étude qui a pour but de démontrer le caractère essentiel de la séparation entre Église et République. L’homme et l’auteur ont souvent fourni des analyses sur les deux institutions. En étudiant sa vision générale, on découvre que France se veut à la fois lucide et critique (I). Mais avec ce pamphlet, les éléments historiques, nombreux, offrent un portrait parfois acerbe des tensions entre les deux institutions (II). De surcroît, derrière ce constat, teinté de politique et de droit, on découvre également une réflexion profonde sur la place de la religion dans la République française. Ce pamphlet est l’occasion pour Anatole France de relire les relations entre Église et République et d’apporter son propre regard (III).

 

 

[1] Anatole France, L’Église et la République, Édouard Pelletan , Paris, 1904, 154 p.

[2] Pour les romans cités, nous utiliserons comme référence l’édition d’œuvres complètes chez Clamann-Lévy, en 25 tomes, publiés entre 1925 et 1935.

[3] Suprême Congrégation Du Saint-Office, « Décret portant condamnation de toutes les œuvres d'Anatole France ». Dans l'assemblée plénière de la Suprême Congrégation du Saint-Office, le 31 mai 1922, les Eminentissimes et Révérendissimes cardinaux inquisiteurs généraux en matière de foi et de mœurs, après avoir entendu les conclusions des consulteurs, ont décrété ce qui suit : « Vu les §§ 2, 3, 6, 8, 9 du Canon 1399 du Code de Droit canonique, toutes les œuvres d'Anatole France sont de droit condamnées et inscription en sera faite à l'Index des livres prohibés. », Actes de S.S. Pie XI - (Tome 1 1922-1923), maison de la bonne presse , 5 rue Bayard, 399 p. ; p. 317.

[4] Emile Combes, Une campagne laïque : 1902-1903, préf. par Anatole France, H. Simonis Empis (Paris), 1904, XXXVI-463 p.

[5] Ouvrage publié dans les Œuvres complètes, tome XVIII, 1929.

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